Qui sommes-nous ?

Nous sommes une association loi 1901 organisant chaque année à la sortie de l’hiver, des manifestations carnavalesques dans la belle ville d’Albi.

Nous sommes plus de cinquante bénévoles, les carnavaleux, œuvrant, toute l’année, à la préparation et au bon déroulement des festivités.
Nous employons 4 salariés, les carnavaliers, pour concevoir et créer les 10 chars sur un thème décidé collégialement.
A cela, il ne faut pas oublier les nombreux charnavaliers : les conducteurs des chars ; les accompagnateurs des groupes de musiques et de danses ; les vendeurs de rosettes et de confettis qui viennent tous nous rejoindre pour les deux défilés.

Le carnaval d’Albi

Le Carnaval d’Albi, évènement incontournable dans la vie de tous les occitans, est décrit comme un Carnaval traditionnel, familial, populaire, éco-responsable et gratuit. Belle réussite, célébrant la diversité, la convivialité, l’intergénération et la culture locale.

On fêtait Carnaval dès le Moyen Age, la mention la plus ancienne dans les archives départementale est celle du 18 avril 1484 par une ordonnance de Louis d’Amboise, evesque d’Alby, portant que tous ceux qui s’estoient masqués le jour du mardi gras et avoient prins le non d’Ethiopiens (ancêtres des Coptes), de More (Infidèles), ou de Catholique (par dérision), seroient chassé de la Ville et du Diocèse, et que toutes les fois qu’ils seroient surprins dans la Ville ils seroient emprisonnés pour trois mois.

Il faudra remonter aux origines. Carnaval est mentionné lorsqu’il dérange mais cela prouve sa place, parfois gênante dans la cité. Sous l’Ancien Régime, il représente l’opposition politique des consuls s’appuyant sur le peuple contre le pouvoir épiscopal.
C’est une tentation que de sortir du temps hivernal souvent défavorable à une manifestation de plein air. Sauf nécessité, ainsi les travaux d’urbanisme de la place du Vigan qui ont fait sortir carnaval au mois de mai en 2000, les organisateurs sont restés fidèles au calendrier traditionnel, qui le situe autour du Mardi Gras. Il n’y a jamais eu d’annulation du Carnaval pour cause d’intempéries.

Le Carnaval d’Albi est l’un des carnavals urbains les plus anciens de France. Nous sommes aux origines de la fête, celle du débordement autorisé, incluse dans le calendrier festif chrétien. Avant l’entrée en Carême qui célèbre la passion du Christ, le défoulement est possible autour du Mardi gras. ‘‘Le monde à l’envers dans un monde qui marche habituellement la tête à l’endroit’’ dit l’historien Leroy-Ladurie à propos du carnaval. ‘‘Carne levare’’ veut dire j’enlève la chair. C’est l’étymologie acceptée pour le mot carnaval qui situe bien la fête, pour ce qui concerne les derniers abus alimentaires avant le jeune.

Le déguisement par le masque et la danse sont deux ingrédients de base de la fête carnavalesque. Possible de se moquer des grands (seigneur-évêque, roi, politiciens, société, …) en s’habillant, en se grimant comme eux, Carnaval devient le Roi de la cité pour quelques jours, avant qu’on ne brûle son effigie, lorsque la fête est finie. Inversion des pouvoirs, inversion des sexes sont présents dans le carnaval.
Le Carnaval était la contestation acceptée pour un temps limité. Dans la fresque du Jugement Dernier, les supplices infernaux sont là pour rappeler à l’ordre ceux qui succombent aux péchés capitaux (Thématique du Carnaval 1994). C’est l’ordre social et royal et la soumission à l’Eglise. Mais on n’a pas eu la peau du carnaval d’Albi, car il est nécessaire comme soupape de liberté. On le retrouve dans sa fonction subversive. C’est le cas en 1652, contre l’évêque Daillon du Lude, au début du règne de Louis XIV.

Il y avait déjà des chars, dans les carnavals urbains, dès la Renaissance, dans les cités allemandes et italiennes, comme il y en avait dans la Rome Antique, pour les fêtes populaires. C’est à l’âge industriel, au XIX°, que la bourgeoisie urbaine organise des carnavals avec des chars, ainsi à Viareggio en Italie et à Nice, devenue de référence, pour les chars et le matériau de construction : les couches de papier superposées que forment le carton-pâte.

éditions

Chars fabriqués chaque année

Salariés

C’est en 1904, que le carton-pâte fait son apparition officielle dans l’Albigeois. Le modèle niçois sera celui d’Albi. De Carnaval I à Carnaval XI, jusqu’à 1914, c’est la belle époque du Carnaval d’Albi avec défilés de chars et bals costumés. Les commerçants prennent en charge le carnaval. Ils seront durant longtemps les organisateurs. Il y a du carnavalesque dans les concours régionaux et fêtes du pays albigeois, où les notables d’alors se réjouissent des retombées économiques. La plus ancienne photo du carnaval date de 1905, où le Roi rabelaisien ventripotent est assis sur un boudin géant et porte un collier de saucisses. Le char est tiré par une paire de boeufs.

Les trente glorieuses sont celles du renouveau. C’est en 1951 que renaît un grand Carnaval d’Albi, grâce au S.I.C.A (Syndicat des Initiatives Commerciales de l’Albigeois). Associée à la quinzaine commerciale où on peut gagner des automobiles, son succès est vite considérable. Cent mille spectateurs lors des défilés de chars, cinquante tonnes de confettis. On s’y enfonce jusqu’aux chevilles, sur le Vigan, aboutissant du corso et théâtre de la gigantesque bataille de confettis. Les Reines et ses demoiselles d’honneur sont les ambassadrices de la cité et les grandes vedettes du music-hall, de Maurice Chevalier à Gilbert Bécaud, viennent à Albi. Le SICA est victime de son succès. Les fameuses quinzaines commerciales sont critiquées par des organisations professionnelles y compris de départements voisins.

En 1959, le G.I.C.A (Groupement des intérêts Collectifs de l’Albigeois) organise le Carnaval I et puis c’est l’interruption de 1960 à 1962. Sans comité organisateur, pas de Carnaval !

En 1963, l’U.C.I.A. (Union des Commerçants et Industriels de l’Albigeois) prend le relais et maintient le flambeau (Carnaval X à Carnaval XXIII), dans le même esprit, associant quinzaine commerciale et carnaval, la première finançant le second. Le Carnaval d’Albi est devenu la manifestation majeure de la cité et le grand carnaval du Sud-Ouest. En 1966, un défilé de teuf-teuf remplace la parade des chars car il n’y a pas de local pour le montage.

En 1979, c’est le Comité du Carnaval d’Albi qui prend en charge les festivités. Les temps ont changé : l’apport financier des quinzaines commerciales est remplacé par les subventions municipales.

En 1990, une révolution de palais fait naître l’Association du Carnaval d’Albi. La fabrication des chars devient complétement albigeoise (Achats de sujets de Nice et de Viareggio). La conception et la réalisation des chars sont prises en charge par Mme Anne Dufour, albigeoise plasticienne des Beaux-Arts. Encore aujourd’hui, nous exportons du matériel carnavalesques (Sujets Made In Albi) dans tous les carnavals de l’hexagone.

Le Carnaval d’Albi a une histoire, une longue histoire pas assez connue. Inscrire le Carnaval d’Albi dans le patrimoine de la cité, c’est le but de ses lignes, ancrer la culture carnaval au coeur des Albigeois, c’est l’objectif de tous les comités d’organisation depuis des décennies. Leur sociologie a changé. Nous sommes passés du carnaval des commerçants au carnaval associatif.

– (Extrait de la Revue du Tarn n° 216 – M. Robert Fabre)